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L’utilisation de l’IA dans la production d’un balado

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Je n’ai pas peur de l’intelligence artificielle (IA). En tout cas, j’essaie de ne pas en avoir peur! En tant que musicien et designer sonore, j’ai eu une certaine crainte face à la large diffusion de cet outil, mais j’avoue qu’elle s’est allégée avec le temps.

Remarquez que j’ai bien écrit «outil». En voyant l’intelligence artificielle comme telle, l’étendue des possibilités dans mon travail est grandiose. L’IA facilite ma tâche, bien sûr, mais ce n’est pas mon seul et unique truc dans ma manche! Le travail, le jugement et la sensibilité humaine ne pourront pas être remplacés de sitôt, à mon avis – du moins, pas à un niveau qui, personnellement, me satisfait.

Notez que je parle ici de mon domaine, car, rappelons-le, l’intelligence artificielle est partout, et ce, depuis longtemps. À mon avis, le discours «Ban AI », lorsqu’il est dirigé vers le sujet en général, a peu de sens, parce que l’IA n’inclut pas seulement les chatbots, les méchants robots et les ressources militaires.

 

Le travail humain et créatif derrière l’IA

Je déteste l’art entièrement créé par l’IA. J’en suis tanné, désillusionné, ennuyé. Par contre, le travail artistique IA dans lequel on perçoit la création humaine peut être unique, original, intéressant et personnel. Je pense à la musique algorithmique programmée et pensée par un compositeur attentionné, à l’art visuel méticuleusement détaillé par une créatrice passionnée, aux vidéos humoristiques à l’esthétique IA si unique qu’ils n’auraient pas pu être imaginés par autre chose qu’une personne bien vivante. Le travail derrière les créations dérivées de l’intelligence artificielle doit se sentir autant que celui derrière n’importe quelle autre œuvre d’art. C’est un outil.

 

L’IA en postproduction

En balado, je me sers de l’intelligence artificielle surtout dans le traitement primaire des voix. Quand je reçois les fichiers de l’enregistrement d’un épisode, il arrive souvent qu’il y ait des bruits de fond: trafic, climatisation, statique, réverbération, vent, etc. Même lorsqu’on enregistre dans un studio, l’absence de bruit est très rare. Ainsi, je passe toutes les voix dans un programme spécialisé pour le traitement du son dans le domaine spectral.

Contrairement à la production dans un programme de montage où le visuel est basé sur le volume dans le temps, le spectrogramme est une «représentation tridimensionnelle du temps, de la fréquence et de l’amplitude dans un seul et même graphique1». L’analyse se fait donc de manière très efficace autant de mon côté pour de l’édition minutieuse «à la mitaine» que pour un traitement général et automatique. C’est là qu’entre l’intelligence artificielle. Par exemple, pour le bruit de fond, c’est l’IA qui analyse la base de son et qui ajuste son traitement en fonction de l’intensité et de la fréquence approximative de ce bruit. Ça me prend 30 secondes pour un travail très compliqué!

Même chose pour l’atténuation des bruits de bouche. Même chose pour la gestion de la réverbération. Ces outils très avancés utilisent l’intelligence artificielle pour analyser et traiter la bande selon mes demandes.

Bien sûr, l’intelligence artificielle va s’améliorer, se développer et prendre une place de plus en plus grande dans nos vies, c’est inévitable. Mais l’art et le contenu intéressant et pertinent auront toujours besoin d’une touche humaine et vivante.

Utilisons l’IA comme un outil, comme il se doit. Ne la bannissons pas, mais ne la laissons pas prendre plus de place que nécessaire. Allez demander l’avis à ChatGPT, à Claude ou à Gemini sur ce sujet!

 

Élie Raymond, Designer sonore

PHONIQUE

 

 

1 Martinovitch, Audrey. «Understanding spectrograms», Izotope. www.izotope.com/en/learn/understanding-spectrograms?srsltid=AfmBOopyuGhwKn83cPQFLb36XQNMvBTXSLt3wgyh0NdT9iVnKJTxI4-f