On peut s’entendre sur un point simple et évident: toutes les voix sont uniques et différentes. Par conséquent, chacune nécessite un traitement propre dans le contexte du mixage d’un balado. Alors, pourquoi écrire un billet de blogue sur le traitement des voix et l’approche adaptée à chaque projet? Parce que c’est un enjeu que nous réglons au lancement de n’importe quelle nouvelle série.
Est-ce un balado qui présentera ses intervenants et intervenantes de manière très claire et qui sera enregistré dans un studio au son travaillé? Est-ce un projet au ton plus familier dans lequel on présentera des discussions candides, au son plus brut et moins travaillé en postproduction? Ou encore des épisodes de collage et de design sonore où la voix doit trouver sa place dans un éventail de sonorités?
Quand la perfection étouffe la voix
Malgré ces différentes approches, j’ai appris dans mon travail à laisser place à la vie. J’ai commencé chez Phonique en tentant de rendre les témoignages à un niveau de perfection qui s’éloignait de la réalité. Des rendus trop soignés, sans aucune hésitation, ni accroc ni répétition, qui rendent pourtant un discours naturel et vivant.
Aussi bien en montage qu’en mixage, je cherchais à enlever tout bruit de bouche (j’avoue qu’ils me chicotent encore beaucoup!), n’importe quelle petite touche de réverbération naturelle et le moindre son d’ambiance, parfois jusqu’à dénaturer les voix elles-mêmes. Rassurez-vous: chez Phonique, on est durs avec nous-mêmes, mais on ne cherche pas la perfection à tout prix! Mon point est que je poussais la postproduction inutilement trop loin.
La bonne dose de postproduction
Cela étant dit, chaque projet a ses particularités. Par exemple, l’un pourra avoir besoin de plus d’édition afin d’arriver au résultat recherché. Dans une série comme C’est quoi tes plans? de l’AAPPQ, qui comporte plein de discussions au contenu pertinent, beaucoup de réactions des différents intervenants et de l’animatrice ainsi que de longs témoignages théoriques, je tenterai d’aller plus loin et d’enlever les hésitations, la réverbération et les accrocs. On cherche à faire passer un message précis de manière directe et efficace.
À l’autre extrême, on a Origines, un balado très personnel pour l’équipe de Phonique, dans lequel le message passe beaucoup par l’émotion. On assume que les enregistrements ont été faits dans des endroits différents et que la facture sonore ne sera pas la même. Ça fait partie du charme du projet. On cherche donc à garder les hésitations lourdes de sens et les accrochages causés par la candeur des intervenants. J’en parle dans un autre billet de blogue, allez lire ça!
Finalement, on retrouve des balados comme La SST expliquée ou encore Le domaine Trent, qui contiennent une multitude d’effets sonores afin de suivre une trame plus narrative. Dans ces exemples, les voix sont naturellement plus faciles à travailler, puisqu’elles sont celles d’acteurs et d’animateurs professionnels qui font plusieurs prises d’un seul et même texte. De mon côté, l’approche est bien différente de celle d’un balado de discussion dans lequel les gens bougent, discutent, s’éloignent ou se rapprochent du micro et ne contrôlent pas nécessairement leur voix de la même façon qu’un professionnel ou une professionnelle.
Bien que toutes les voix soient uniques et qu’il existe une multitude d’approches de traitement dans la production d’un balado, je retiens de mes quelques années d’expérience dans le domaine que l’authenticité dans le discours est beaucoup plus importante que la perfection numérique.
En fin de compte, je peux traiter une voix de manière très agressive pour enlever du bruit inutile ou de la réverbération envahissante, je peux l’éditer de manière plus minutieuse, mais le message passera toujours mieux quand les propos des intervenants et intervenantes ont la place pour vivre, respirer et toucher l’auditoire.
Élie Raymond
Designer sonore
Phonique